J'héberge des voyageurs en ce moment.
Ça me distrait, ne me coûte rien et j'aime bien me dire que bien-sûr les hommes s'entre-aident gratuitement et pour le plaisir de faire connaissance avec des étrangers.
Ce sont le plus souvent des personnes qui ont décidé de faire le tour de l'Asie à pied, avec un baluchon et une maigre réserve d'argent.
Des étudiants, mais parfois aussi simplement des gens qui profitent d'une pause dans leur vie active pour faire des choses qu'ils auraient aimé faire lorsqu'ils étaient étudiants.
Ils arrivent crevés et sales après X jours de voyage dans un train chinois et sont toujours ravis de trouver une belle salle de bain, un grand lit avec des draps propres, une machine à laver et surtout quelque part où poser leur énorme sac à dos. Ils restent en général 3 à 4 jours, puis repartent, soit chez un autre habitant de Pékin, soit vers la gare pour continuer leur périple.
Et pendant 3 ou 4 jours, j'ai de la compagnie. Des personnes qui ne me connaissent pas et avec qui je peux discuter sans crainte d'être comparée à la personne que j'ai pu être en d'autres temps. On s'amuse, on parle, on rit; c'est comme au pays de Candy. :-)
Aujourd'hui sont arrivés un jeune russe, sa maman, et deux autres jeunes rencontrés apparemment dans le grand ouest chinois. (J'en saurais plus sur eux ce soir; ce matin, j'étais occupée et cet après-midi, ils se balladent dans Pékin.)
Le jeune russe voulait offrir un beau voyage à sa maman, mais n'avait pas les moyens de l'envoyer faire une croisière, alors il lui offre un autre style de voyage et je trouve ça génial.
Jusqu'ici, Prudence prend tous ces va-et-vients avec beaucoup de patience. Mais ce matin, à mon retour des courses (il faudra que prenne une photo un de ces jours de mon vélo chargé de partout, le panier avant débordant, le porte-baggage arrière aussi, les sacs plastiques sur le guidon), elle est venue m'expliquer que mes nouveaux invités empestaient et qu'elle avait pris la liberté d'ouvrir *chacune* des fenêtres de l'appartement pour dégager l'odeur et qu'en attendant, elle garderait la porte de la cuisine, son domaine, fermée, merci beaucoup.
Je lui ai dit qu'elle avait bien raison.
Le plus drôle a quand même été la première fois, surtout parce que j'avais oublié de la prévenir. La veille, par coincidence, elle m'avait dit avec insistance, que je devrais me trouver un petit ami, que j'étais jeune, jolie, etc.
Alors sa tête, ce matin-là quand ont débarqué mes 4 jeunes et grands gaillards et qu'ils se sont tout de suite installés dans une des chambres et sont partis aussitôt à la douche. I-nou-bliable. D'abord complètement incrédule puis portée par l'indignation et le dégoût, elle tourna les talons et claqua d'un coup sec la porte de sa cuisine.
J'ai mis un moment avant de réussir à m'arrêter de rire assez longtemps pour lui expliquer qu'il ne s'agissait pas là de ma nouvelle écurie d'étalons destinée à assouvir mon insatiable appétit sexuel, mais bien juste de visiteurs.

Ma tour (la plus grande)